L'ESTRAN DE PIERRE

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Observatoires de l'inaccessible [Pendant ce temps...] • Étude No 7

Nicolas Reeves• 2015

L'estran correspond à la frange du littoral couverte et découverte par les marées durant leur cycle bi-quotidien. Il décrit également, dans certains cas, la différence entre le niveau de la marée haute et celui de la marée basse, une différence plus précisément désignée comme "marnage".

C'est un fait peu connu que les marées n'affectent pas que les océans et les mers. Les plaques continentales sont aussi soumises à leur rythme. Elles oscillent selon la même période, mais leur mouvement est imperceptible, du fait du manque de repères visuels. Leur mouvement est essentiellement dû à l'influence de la Lune et du Soleil sur le magma visqueux sur lequel elles flottent.

Leur amplitude n'est pourtant pas négligeable : à la latitude de Montréal, elles modifientle niveau du sol d'une hauteur qui peut atteinde près de soixante centimètres. Elles varient en fonction des lieux selon un modèle qui n'est pas encore bien établi. En plus des attractions lunaires et solaires, elles sont influencées par les marées océaniques, qui par leur déplacement modifient les masses d'eau sur les plaques tectoniques et les déséquilibrent, par la pression atmosphérique, ainsi que par un ensemble de phénomènes mal connus qui impliquent la circulation de courants magmatiques profonds.

La conséquence reste toutefois la même : debout immobile en un endroit précis, en même temps que nous sommes entraînés par la rotation de la Terre, nous nous approchons et  nous éloignons alternativement de plusieurs dizaines de centimètres de son centre, et ce deux fois par jour, comme si nous étions sur un manège géant.

  Fig. 1 • Estran en baie de Somme, Normandie, France.

Afin de révéler ce mouvement, "L'estran de pierre" propose de mettre en place une plate-forme circulaire mobile, placée dans un puits de faible profondeur. D'un diamètre de plusieurs mètres, elle sera située dans un parc urbain où la roche naturelle affleure. Au rythme des marées terrestres, elle oscillera de haut en bas, donnant l'impression que ce n'est pas elle qui bouge, mais que c'est le sol qui monte et descend autour d'elle.

Lorsque la marée de pierre sera basse, la plate-forme sera exactement au même niveau que le sol environnant. On ne verra qu'une très fine fissure circulaire, quasi imperceptible, comme dessinée sur la roche.

Lorsque la marée de pierre montera, la plate-forme descendra dans son puits. On verra progressivement apparaître une fosse circulaire assez large, d'abord très peu profonde, puis qui atteindra en quelques heures une profondeur correspondant à l'ampleur de la marée.

La hauteur de la plate-forme dans son puits sera constamment ajustée à partir des informations fournies en temps réel sur internet par les stations sismiques et géophysiques les plus proches, de façon à répercuter au plus près les variations de niveau du sol.

Durant ce mouvement, la détection d'un séisme à n'importe quel endroit de la Terre sera se traduira par l'émission d'un son semblable à celui d'un gong très grave, dont l'amplitude correspondra à la distance à l'épicentre du séisme, et dont la fréquence traduira la magnitude.

Le mouvement  de la plate-forme fera en sorte qu'elle restera constamment à la même distance du centre de la terre, et ce même si le sol s'élève autour d'elle. Elle traduira ainsi la vaste ondulation qui, à la manière d'une vague, traverse   tout le paysage.

La plate-forme devra donner l'impression d'avoir été découpée à même un sol de pierre sur lequel poussent des mousses, des lichens et de petites plantes. Avec son entourage, elle sera aménagée à la manière d'un lieu du quotidien dont une section se détache régulièremen,t puis revient à sa place, révélant le contraste entre les usages et gestes de la vie de tous les jours et l'ampleur des grands mouvements planétaires sur lesquels elle se déroule. Son pourtour servira d'assise lorsqu'elle sera en position basse, formant un grand banc circulaire.

Elle pourra par moments accueillir quelques bancs et quelques tables, formant un lieu invitant pour les passants qui après quelques temps réaliseront qu'ils se sont installés sur un sol dont le niveau change très lentement.

Fig. 2 • La détection des marées terrestres n'est pas évidente, et fait appel à divers équipements, dont des accéléromètres à haute précision. Ce diagramme montre l'évolution des marées terrestres dans une ville de l'Oklahoma, sur une période de plusieurs jours, en 1994. En haut apparaît le signal brut fourni par les instruments; en bas et en bleu, les séismes détectés par ces mêmes instruments au cours de la période de mesure; au milieu en vert, les amplitudes des marées terrestre, une fois soustraitsle bruit  et les signaux sismique. On remarque la superposition de deux cycles de période constante et dont l'amplitude varie considérablement au cours d'une même journée.