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KIRIBATI TIMEPIECE

          Observatoires de l'inaccessible [Pendant ce temps...] • Étude No 7

Nicolas Reeves • 2015

Malgré l'avis unanime de la communauté scientifique, en dépit des congrès, des réunions et des grands sommets sur le climat, les nations de la Terre n'arrivent pas à obtenir un consensus sur les actions à mener pour protéger la Terre du réchauffement climatique, pourtant l'une des plus grandes menaces, sinon la plus grande, qui pèse sur l'avenir du monde.

Kribiati Timepiece est une horloge géante qui retranscrit en temps réel l'augmentation du niveau des mers. Associée à une ligne de temps, elle permet de prévoir l'année d'immersion des différentes villes du monde, ainsi que celle des terres basses peuplées (îles, terrains réclamés sur la mer, polders, franges littorales). Parmi celles-ci, l'une des premières régions à être immergée est l'archipel Pacifique des îles Kiribati, dont les habitants, avec ceux des Vanuatus, sont depuis une dizaine d'années déjà consacrés  "Premiers réfugiés climatiques de l'histoire". Le gouvernement de Kiribati recherche actuellement des terres pour déplacer sa population; il est en pourparler à cet effet avec les îles Fidji, l'Australie, la Nouvelle-Zélande, et envisage même la construction d'îles artificielles. Par sa faible importance géopolitique, les Kiribati n'ont que très peu de poids dans les discussions actuelles sur le climat. Le pays est à la fois la victime et le baromètre des grands bouleversements climatiques.

  Fig. 1 • Répandiues comme une poussière d'îles et d'atolls sur une immense surface dans le Pacifique, les Kiribati, qui dépassent à peine le niveau de la mer sur la plus grande partie de leur surface, sont d'ores et déjà considérées comme des îles naufragées, à l'origine des premiers réfugiés climatiques de l'histoire.

L’Installation consiste à projeter deux types d’éléments sur un immeuble de très grande hauteur (200 mètres ou plus). Le premier est une ligne horizontale très fine, produite au moyen d’un laser de puissance, qui monte le long de la façade selon un rythme qui correspond à celui de la montée du niveau des océans, démultiplié pour être perceptible sur des intervalles assez brefs (de l’orde d’une heure). Le second est une projection vidéo qui écrit le nom des villes en lettres rouges, accompagné d’une année située dans un proche futur (environ un siècle). Lorsque la ligne laser atteint le nom d’une ville, cela signifie que cette dernière est devenue inhabitable à cause de la montée des océans.


Lorsque cette horloge climatique démarre, la ligne se trouve à environ quatre mètres du sol et commence sa lente ascension. Elle parcourt une distance verticale de cinquante mètres pour chaque montée de cinq millimètres du niveau des océans. Cela signifie qu’elle montera à une vitesse d’environ 6 mm par heure, soit environ 14cm par jour, une variation quotidienne aisément perceptible, et dont la lenteur mettra en évidence l’inéluctabilité du phénomène.

De ce fait, une hausse totalement imperceptible, de l'ordre de un centimètre par an, illuminera la ligne sur plus de vingt-cinq mètres durant la même période. Cela correspond à une vitesse horaire d'environ trois millimètres, imperceptible également, mais dont on peut prendre bien plus facilement conscience en revenant voir l'installation à plusieurs reprises, comme une horloge dont on ne réalise le mouvement des aiguilles qu'après quelques minutes.

Sur la paroi seront inscrits les noms des villes et des lieux, aux   hauteurs correspondant à leur niveau d'immersion. Le visiteur qui fréquente régulièrement l'installation pourra ainsi prendre conscience de la menace qui pèse sur elles, et voir les terres basses déjà passées sous le niveau de la mer, pour qui il est déjà trop tard.