OBSERVATOIRES DE L’INACCESSIBLE,ÉTUDE No 11

POINT NEMO BREAST ISLAND

Point Nemo est un point situé au sud de l’océan Pacifique, aux coordonnées 48° 52 S, 123° 23 O. Il se situe au centre d’un cercle de 2688 km dans lequel ne se trouve aucune terre émergée.

Pour différentes raisons, notamment l’immense distance aux terres les plus proches, qui empêche les vents dominants d’y transporter des matières organiques, et la configuration des courants océaniques (les gyres), la région de Point Nemo et de ses fonds marins sont très pauvres en espèces vivantes.

Aucune route maritime n’y passe. Les seuls bateaux qui s’en approchent sont les voiliers du Vendée Globe Challenge.

Point Nemo est également l’endroit vers lequel les agences spatiales internationales précipitent les engins spatiaux en fin de vie, et est pour cela parfois qualifié de « spaceship cemetery ».

Le projet Point Nemo Breast Island consiste à positionner en cet endroit précis une île flottante faite de mousse organique imputrescible rose vif, dont la forme évoque celle d’un sein géant. Elle qui dispose de capteurs GPS et de moteurs lui permettant de revenir en permanence à sa position de consigne, même si les vents et les courants la déplacent. D’un diamètre d’environ 8 mètres et d’une hauteur de 6 mètres, elle est dotée de détecteurs de présence, de projecteurs et de sirènes puissantes, alimentés par des panneaux solaires, qui se déclenchent automatiquement durant la nuit et en période de brume pour éviter que les très rares navires qui croisent dans la région ne la percutent.

L’île est partiellement creuse. Sur ses flancs, un tunnel d’entrée, dont la configuration empêche l’eau de mer de passer, mène à une chambre de secours, chauffée en saison froide par les capteurs solaires, dans laquelle d’éventuels naufragés trouveront des provisions sèches ou à très longue durée de conservation, ainsi que des couchettes.  Des détecteurs transmettront automatiquement à une station au sol la présence d’êtres vivants dans l’île flottante.

L’île flottante est munie de caméras qui filment à 360 degrés et enregistrent en permanence les environs maritimes déserts. À certaines périodes prédéfinies, qui apparaissent à l’avance sur le site web du projet, elle émet en temps réel et en streaming. À  intervalles réguliers, elle télécharge ses enregistrements vidéos compressés sur un serveur terrestre. Le streaming à plein temps n’est pas envisageable du fait du coût élevé des communications par satellite requises.

L’objet lui-même ne présente pas de grosses difficultés de fabrication. Sa mise en place par contre présente de nombreux défis. Rares sont les trajectoires de cargos maritimes qui passent à proximité, et affréter un bateau spécialement pour cette mission serait très coûteux. Comme elle est relativement légère, elle pourrait éventuellement être parachutée par avion cargo, mais l’autonomie requise - près de 5400 km - et le temps de vol correspondant entraîneraient également des frais très importants. La stratégie idéale serait de profiter d’un cargo qui passe à une distance ne dépassant pas 200 ou 300 km, pour la déposer en pleine mer de façon à ce qu’elle rejoigne son point de consigne de façon autonome; compte tenu toutefois de sa très faible vitesse et des régimes des courants océaniques, le trajet pourrait lui demander plusieurs semaines.

  Fig. 1 • Positionnement précis du Point Nemo, montrant la configuration du plancher océanique. Aucune structure particulière n’indique la position du point, qui est une simple construction géographique.

  Fig. 2 • Carte des trajectoires maritimes principales dans le Pacifique Sud. Bien que la région ne soit pas complètement dépourvue de trajectoires, le très faible nombre de trajets qui passent à proximité de Point Nemo, en comparaison avec d’autres régions comme l’Atlantique Nord, démontre qu’il ne s’agit pas là de trajets réguliers.